Cinq Ciel

Cinq Ciel

Ron Carlson

Éditions Gallmeister

  • 24 septembre 2012

    Cinq ciels, trois âmes en peine - lundi 24 septembre 2012 à 22h22

    « Il y a cinq ciels, Harry.
    - Cinq ciels...
    - Chaque jour, il y a cinq ciels. » (p.250-251)

    Il y a cinq ciels et trois hommes, réunis par le hasard sur un chantier suspendu entre ciel et terre. Trois hommes taiseux et durs à la tâche, courbant l'échine sous le poids des souvenirs. Il y a Arthur Key, doux colosse qui fuit un amour maudit ; le jeune Ronnie Panelli, minable voleur à l'étalage en extase devant les lapins qui colonisent leur campement et leur recruteur : Darwin Gallegos, en colère contre Dieu et l'homme qui lui a accidentellement enlevé son épouse chérie. Entre ces trois hommes des liens se tissent peu à peu et les mots se fraient un chemin. Et puis, il y a ce plateau rocheux en surplomb d'une gorge ou scintille une rivière en contrebas. Ce plateau gris, envahi de buissons de sauges dont l'auteur arrive presque à nous restituer l'entêtante fragrance.

    Car tout le talent de l'Américain Ron Carlson, dont les romans appartiennent au registre du Nature Writing — réside dans une prose poétique qui fait de chaque lever du soleil dans l'Idaho le premier matin du monde. Les couleurs éclatent, la rosé scintille, les muscles endoloris se réchauffent. La vie reprend sur le chantier, les gestes s'enchaînent, la parole se libère et le dénouement n'est pas loin.

    Ceux que les descriptions de paysages grandioses exaspèrent ou que les infimes manifestations de l'amitié virile horripilent passeront leur chemins. Les autres garderont longtemps gravée sur leur rétine l'implacable progression du soleil et l'inclinaison de l'ombre sur la sauge sillonnée de sentes de lapins. Un grand bol d'air et un formidable roman.


  • 12 septembre 2012

    De beaux paysages

    Cinq ciels est un roman agréable à lire, qui est composé d'un grand nombre de petits chapitres représentant, chacun d'eux, des histoires de la vie quotidienne des personnages principaux. Une telle structuration permet une lecture fluide et aisée. A travers cette œuvre, on se laisse entrainer dans des lieux et des situations intrigantes, décrits avec soin par Ron Carlson. On découvre le lourd passé mais aussi le présent quelquefois tumultueux des personnages principaux et on se prenne rapidement d'affection pour eux.


  • 3 septembre 2012

    Attention, chantier !

    «Il y a cinq ciels, Harry.
    - Cinq ciels...
    - Chaque jour, il y a cinq ciels.»

    Ron Carlson, né en 1947 en Utah, est un auteur de nouvelles et de romans. «Le Signal» publié en France en 2011 a connu un grand succés populaire chez les lecteurs.
    «Five Skies» (édité en 2007 aux Etats-Unis) vient d’être publié en France par les très recommandables éditions Gallmeister.

    Nous sommes dans l’Idaho. Nord-Ouest des Etats-Unis. Le Canada tout proche.
    Montagnes Rocheuses, cascades vertigineuses et profonds canyons.
    Altitude moyenne de 1524 mètres.
    Au loin, les volcans des Badlands...aux confins du monde...
    Images de cowboys, d’indiens et de grizzlis.
    Pour le paysage. Genre western et leçon de géographie.
    C’est l’été. Très chaud. 40°. Pour le climat. Genre suffocant.
    Arthur Key et Ronnie Panelli.
    Darwin Gallegos embauche deux saisonniers pour l’été.
    Arthur Key et Ronnie Panelli.
    Pour le casting. Genre improbable.

    «Tout en mangeant des escalopes de poulet panées et de la purée au Cliffside Cafe, ils se présentèrent et Darwin leur dit qu’ils en auraient pour dix semaines, peut-être douze, à cent dollars par jour, payables tous les vendredis, nourris et logés. Le visage du gamin, Ronnie, s’illumina à cette perspective, son front s’élargit, mais il était trop prudent pour dire quoi que ce soit. L’autre, Arthur Key, épongea sa sauce avec son toast et approuva d’un signe de tête.»

    Arthur Key est un géant bougon. Ancien machiniste de cinéma à Hollywwod (ça pourrait servir). Il vient de quitter Los Angeles, précipitamment, trop précipitamment ?
    Ronnie est un gamin de vingt ans qui traîne derrière lui des vols à la tire.
    Darwin vient de perdre sa femme et tente d’oublier.
    Ils sont là, tous les trois (seuls au monde ?) pour réaliser un mystérieux chantier au bord d’un canyon, sur le plateau du Rio Difficulto (fallait l’inventer).
    Pour le compte de Diff. Un type trop riche, trop heureux.
    Un type peu apprécié dans la contrée.
    «Il s’agissait d’un défi aux lois divines...»
    Un chantier dangereux.
    «C’était un de ces jours où la vieille pierre travaillait, se dilatait et se rétractait, où les plaques de grès rouge se soudaient puis s’affaissaient, lâchant un rocher dans la gorge tous les cent ans, tandis que se tenaient prêts par rangées entières des blocs de plus de cent tonnes alignés sur le bord déchiqueté et abrupt du canyon.»

    C’est une histoire d’amitiés, de passés refoulés à expier, de rédomptions.
    De café bu sous la tente avec du bacon grillé à la poêle et de sandwichs grands comme un pick-up.
    De solitude et de silence.
    C’est un été de tous les dangers, brûlant et indolent. Rude.
    C’est une fin étonnante, détonante, n’est-ce pas Arthur Key ?

    La lecture de ce roman est parfois éreintante, transpirante. Certains passages s’avérent trop lourds d’outils, de machines et d’obscurs engins. Trop lourd à porter à bouts de mots (comme un épais et soporifique catalogue de Castorama ! Désolé pour la pub mais je vous rassure tout de suite, je n’ai pas d’actions dans cette enseigne !).
    Certes, clés à molette, pinces, marteaux, micromètres, niveleuse et autres détecteurs de tension n’auront plus de secret pour vous. Vous serez même en état (mais dans quel état ?) de retaper la vieille grange de votre arrière grand-père dont vous avez héritée la semaine dernière en faisant une grimace qui en dit long sur vos dons de bricoleur...
    Mais trop c’est trop. Trop lourd à lire...parfois.
    Heureusement (et finalement !) pour notre plus grand plaisir de lecteurs empotés des bras, Ron Carlson en directeur de travaux, sait aussi (et surtout !) être un habile raconteur de solitudes, comme un rédacteur en chef de chantiers humains, un directeur de ressources humaines.
    Ce livre de Ron Carlson correspond parfaitement au concept de «nature writing» cher aux éditions Gallmeister.
    Ce courant littéraire américain est un melting pot d'hommages à la nature et de récits autobiographiques. En résumé, «ma vie dans les grands espaces».
    Ron Carlson évoquait déjà cette Mère Nature dans «Le signal".
    On pense alors, pêle-mêle, à Henri David Thoreau, Jack London, Jim Harrison ou bien au film de Sean Penn "Into the wild", adapté du roman "Voyage au bout de la solitude", écrit par Jon Krakauer en 1996, et relatant l'histoire réelle de Christopher McCandless. Très souvent, le "nature writing" revendique le label "Ecologie politique".
    Le lecteur pourrait aussi se rappeler le merveilleux «Le convoi de l’eau» de Akira Yoshimura ou le classique «Construire un feu» de Jack London.

    Alors, si quand vous étiez petit vous avez eu la panoplie de Davy Crockett pour le Noël de vos six ans, si vous aimez chanter à tue-tête et à longueur de journée « Heigh-ho, Heigh-ho, on rentre du boulot !» la chanson des Sept Nains, si vous êtes accro aux rayons outillages de votre supermarché préféré, vous allez vous régaler, sinon...

    Pour ceux qui sont tentés par l’aventure, un bon conseil, cher lecteur téméraire, avant de rejoindre ce maudit canyon : munissez-vous de gants, de chaussures de sécurité, d’un casque et surtout, surtout, restez toujours attentif !
    On ne sait jamais...


  • 1 septembre 2012

    Trois hommes sur un chantier grandiose, attelés à la réalisation d'un projet fou. Trois hommes réunis par hasard, qui vont apprendre à se connaître pendant les deux mois que durera le chantier.

    D'abord Darwin, le contremaître qui a recruté les deux autres, en colère depuis la mort brutale de sa femme, il a quitté sa maison et se consacre à ce projet, isolé loin de tout et de tous.



    Puis Arthur, lui aussi a eu une bonne raison de tout plaquer. Depuis plusieurs mois, il erre de chantier en chantier, pourquoi pas celui-là, même s'il estime que c'est un mauvais projet.

    Et enfin Ronnie, le plus jeune de la bande, petit voleur sans envergure, qui n'a guère le choix qu'entre la prison ou le travail dans cet endroit où personne ne viendra le chercher.

    Une histoire d'amitié virile, se déroulant sur un chantier, ce n'était pas gagné d'avance et pourtant quel coup de coeur ! J'ai été embarquée immédiatement dans ce coin suspendu entre ciel et terre, suivant pas-à-pas les progrès des travaux. Comme dans "le signal" l'auteur fait preuve d'un formidable talent pour décrire la nature et l'évolution des relations entre les trois hommes. Progressivement, une forte amitié va s'installer entre eux. C'est d'une grande finesse et d'une humanité discrètement présente.
    Les descriptions du chantier sont très visuelles, le canyon vertigineux, la rivière en bas, l'horizon illimité, l'aube dans la solitude, au coeur des montagnes de l'Idaho. Je retiens un passage particulièrement réussi, où Diff, le financeur du projet, emmène les trois hommes à une partie de pêche au fin fond du canyon.

    Il y aura des rencontres qui se feront pour certains, ils seront confrontés à des difficultés imprévues, les travaux ne plaisent pas à tout le monde dans le secteur, mais l'intérêt du roman, c'est surtout l'amitié entre les trois hommes qui s'approfondit de jour en jour, les aidant à surmonter leurs propres problèmes. S'il ne se passe pas de grands évènements pendant ces deux mois, les dernières pages réservent un final inexorable.


  • par (Libraire)
    22 août 2012

    J'ai vraiment été bluffée par ce livre. Au départ, cette histoire de trois hommes dont on sait peu de choses et qui vont se retrouver sur un chantier pour construire on-ne-sait-quoi, ne me disait rien qui vaille. J'avais tort car c'est vraiment un très très bon roman.

    C'est du "Nature Writing", du vrai. Pour ceux qui ne connaitraient pas encore, c'est un genre littéraire venu des Etats-Unis. C'est la littérature des grands espaces, celle qui donne le vertige. Attendez-vous donc à de longues descriptions d'une nature forcément grandiose et sauvage. À un moment, ils vont pêcher et on vraiment avec eux dans la rivière ! Il y a aussi une descente du Grand Canyon... Bref, une lecture proprement vertigineuse !


  • 15 août 2012

    Pour ceux qui aiment découvrir des personnages à travers leurs blessures et leurs réserves. Le présent de Darwin, Arthur et Ronnie se croise, lors de la conduite de travaux, et vous vivez presque leur quotidien jusqu'à penser le partager !
    Laissez couler les dialogues et vous serez bringuebalés voire absorbés par le fil des flashs ! On y cerne peu à peu les souvenirs, illusions, culpabilités et terreurs.


  • par (Libraire)
    4 août 2012

    Il faut bien la grandeur et la majesté de ce canyon des Rocheuses à ces trois personnages pour accueillir leurs passés indicibles et douloureux.
    Le hasard de leur parcours les a réuni et la grandeur de leurs blessures les rend silencieux mais au bord du précipice, une solide amitié faite de partages et d'apprentissages nait face à cet immense paysage.
    Une tension émane en permance de l'écriture de Ron Carlson, tension intérieure propre aux personnages et tension des lieux fantastiquement mis en scène.