L'opticien de Lampedusa

Emma-Jane Kirby

Équateurs

  • 15 février 2017

    Octobre à Lampedusa, par une belle matinée ensoleillée. En mer, l'opticien se réveille à l'aube. La mer est belle, le soleil brille, il est heureux. Pour un moment, il oublie ses soucis, la crise, la boutique qui va mal, ses fils dont l'avenir l'inquiète. Sa femme et ses amis dorment encore. Il profite du calme seulement troublé par les mouettes qui vocifèrent. Les mouettes ? Non, ce ne sont pas des oiseaux qui poussent ces cris d'angoisse, de désespoir, de douleur. Plus loin, un bateau a fait naufrage, la mer est noire de tous ces naufragés qui tentent de respirer une dernière fois avant de sombrer pour toujours dans les eaux de la Méditerranée. Bien sûr, l'opticien connaissait le sort tragique des migrants venus chercher en Europe, de Libye, de Tunisie, de Somalie ou d'ailleurs un rêve de liberté et de vie meilleure. Mais jusqu'ici il ne s'était jamais senti concerné. La réalité le rattrape de plein fouet. Avec ses amis, il se lance dans un sauvetage effréné mais ils sont plus de 500, hommes, femmes et enfants à tendre leurs mains, le bateau est petit, la mer vorace. Ils en sauveront 47. 47 érythréens qui ont tout perdu. Pour l'opticien, c'est trop peu. Sa vie ne sera plus jamais la même, son sort est désormais lié à cette femme et ses hommes qu'il a sortis de l'eau pour les jeter dans le bain des demandeurs d'asile.

    ''L'opticien sait qu'avant cette funeste matinée des mains suppliantes étaient déjà visibles autour de lui. Au centre d'accueil. Sur les marches de l'église. Au bord de la route où il faisait son jogging. Ces mains l'appelaient dans les journaux qu'il jetait, ces mains jaillissaient sur l'écran de télévision qu'il éteignait. Elles ont toujours été dans son champ de vision. Pourtant, il choisissait de ne pas les voir.''
    L'opticien de Lampedusa, c'est vous, c'est moi. Des petites vies tranquilles, avec leur lot de soucis et de plaisirs, des infos vues à la télé, des drames humains survolés dans le journal du matin, des images qui passent sans s'imprimer. Et un jour peut-être, nos yeux et nos cœurs s'ouvrent car derrière les chiffres il y a des personnes faites de chair et de sang qui fuient la misère, la dictature, la guerre. L'opticien de Lampedusa, c'est l'histoire d'un héros ordinaire, d'un héros malgré lui qui n'a eu d'autre choix que de voir le monde au-delà de sa petite personne.
    L'opticien de Lampedusa, c'est un reportage mis en mots, une histoire vraie, un coup de poing dans l'estomac de l'Europe, une lecture nécessaire pour se réconcilier avec l'humain.


  • par (Libraire)
    1 septembre 2016

    Destinées

    Issu d'un reportage journalistique, ce récit est hallucinant et troublant de vérité et de réalité confrontant l'homme occidental et le lecteur à la mort de milliers de migrants naufragés au large des côtes italiennes. Loin des clichés idylliques et ensoleillés de l'île de Lampedusa, ce texte révèle le désarroi et la culpabilité d'un homme face à un cimetière maritime, un désastre humain infini voire insoluble. C'est le récit d'un homme qui a vu, qui a tenté de sauver d'autres hommes, de les hisser à la vie, de leur tendre la main vers un avenir étanche quoiqu' incertain.


  • par (Libraire)
    26 août 2016

    Ce livre va bien au-delà de toute imagination

    L'Opticien de Lampedusa a d'abord été un documentaire radiophonique de la BBC ayant reçu le prestigieux prix Bayeux.

    Ce livre est un documentaire, de la non-fiction writing. Comment pourrait-il être de la fiction ? Il va bien au-delà de toute imagination.
    L'opticien de Lampedusa est un homme ordinaire, un homme d'habitudes. Il part tous les ans en compagnie d'amis pour un week-end en mer, pour se détendre en bonne compagnie, avant que chacun ne retourne à sa vie jusqu'à la prochaine saison.

    Il se réveille de bon matin et entend des cris, nombreux. Non, ce ne sont pas des mouettes, c'est autre chose qu'il ne reconnaît pas. Le groupe d'ami décide de s'approcher de ces cris et découvre des formes sombres, innombrables, à perte de vue. Ces formes sont des humains, des migrants ayant fait naufrage. Comment faire pour sauver toutes ces personnes avec un simple bateau pouvant accueillir 8 personnes ? Commence alors un travail acharné, comme une transe pour repêcher le maximum de vivants. Des heures à naviguer entre les corps en attendant les secours. Et la dépossession de son acte, brutale, par les autorités.

    Ce texte nous sert les tripes, d'autant plus que tout ce qui est narré est la plus stricte vérité. Lampedusa est un cimetière marin, les autorités sont débordées par le travail comme par d'absurdes textes de loi. Ce livre n'est pas un roman, il est témoignage de l'état de notre Europe. Et un puissant appel citoyen. Moi j'appelle, je hurle : lisez ce document !