La Société de défiance, Comment le modèle social français s'autodétruit
Éditeur
Editions Rue d'Ulm
Date de publication
Nombre de pages
110
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

La Société de défiance

Comment le modèle social français s'autodétruit

Editions Rue d'Ulm

Offres

  • AideEAN13 : 9782728828173
    • Fichier PDF, avec DRM Adobe
      Copier/Coller

      Impossible

      Partage

      6 appareils

    3.49

  • AideEAN13 : 9782728828005
    • Fichier EPUB, avec DRM Adobe
      Copier/Coller

      Impossible

      Partage

      6 appareils

    3.49

Autre version disponible

Extrait

Depuis plus de vingt ans, des enquêtes menées dans tous les pays développés montrent que les Français, plus souvent que les habitants des autres pays, se méfient de leurs concitoyens, des pouvoirs publics et du marché. Cette défiance va de pair avec un incivisme plus fréquent dans des domaines essentiels au fonctionnement de l'économie et de l'État-providence. Défiance mutuelle et incivisme persistent depuis plusieurs décennies. Nous montrons néanmoins qu'ils ne constituent pas un trait culturel immuable. L'étude de l'évolution des attitudes sociales sur la longue période révèle que le civisme et la confiance mutuelle se sont dégradés après la Seconde Guerre mondiale. Nous soutenons que c'est le mélange de corporatisme et d'étatisme du modèle social français qui suscite la défiance et l'incivisme. En retour, défiance et incivisme minent l'efficacité et l'équité de l'économie, et entretiennent l'étatisme et le corporatisme. Ainsi, la défiance induit une peur de la concurrence qui provoque l'institution de barrières à l'entrée réglementaires, lesquelles créent des rentes de situation favorisant la corruption et la défiance mutuelle.
Un phénomène similaire est à l'oeuvre sur le marché du travail. Le déficit de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l'État à réglementer les relations de travail dans leurs moindres détails. En vidant de son contenu le dialogue social, ces interventions empêchent l'adoption de réformes favorables à l'amélioration du fonctionnement du marché du travail. La France est donc engagée dans un cercle vicieux dont les coûts économiques et sociaux sont considérables.
En comparant les relations entre les performances économiques et les attitudes sociales dans une trentaine de pays du début des années 1950 à nos jours, nous constatons que le déficit de confiance et de sens civique réduit significativement et durablement l'emploi et le revenu par habitant. Mais la défiance n'a pas seulement un coût économique : les enquêtes disponibles montrent que les gens se déclarent d'autant moins heureux qu'ils disent se méfier de leurs concitoyens. Ainsi, le modèle social français, qui n'était peut-être au départ qu'un accident de l'histoire, risque d'éroder inexorablement la capacité des Français à vivre heureux ensemble s'il n'est pas réformé en profondeur.
Yann Algan est spécialiste de l'économie collaborative et numérique, de l'économie de la confiance et du bien-être et des politiques publiques et de l'éducation. Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po) et nommé, en juillet 2015, doyen de l'École d'affaires publiques de Sciences Po, il est aussi codirecteur du programme « Observatoire du bien-être » du Cepremap. Il a notamment publié, avec Pierre Cahuc et André Zylberberg, La Fabrique de la défiance... et comment s'en sortir (Albin Michel, 2012).
Économiste du travail, Pierre Cahuc est professeur à l'École polytechnique depuis 2007. Il est membre du Conseil d'analyse économique, chercheur au Centre de recherche de l'Insee et au Centre for Economic Policy Research de Londres. Il dirige le programme « Labor Market Institutions » de l'IZA de Bonn. Auteur du livre Le Chômage : fatalité ou nécessité ? (avec André Zylberberg, Flammarion, 2004), il a également publié La Machine à trier : comment la France divise sa jeunesse (Eyrolles, 2011).
S'identifier pour envoyer des commentaires.