Germania ou de l'Allemagne
Éditeur
Homme et Littérature
Date de publication
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

Germania ou de l'Allemagne

Homme et Littérature

Offres

  • AideEAN13 : 9782366598599
    • Fichier EPUB, libre d'utilisation
    • Fichier Mobipocket, libre d'utilisation
    • Lecture en ligne, lecture en ligne
    3.99
Ce livre a été écrit un mois de janvier à Paris, et l’air de liberté qu’on
respire ici, a pénétré certaines strophes plus profondément que je ne l’eusse
désiré. Je ne manquai pas d’adoucir et de retrancher sur-le-champ même tout ce
qui me parut incompatible avec le climat de l’Allemagne. Néanmoins lorsqu’au
mois de mars j’en adressai le manuscrit à mon éditeur à Hambourg, j’eus encore
à compter avec des scrupules de diverses sortes... Ce que je prévois encore
avec plus de peine, ce sont les clameurs de nos Pharisiens de la nationalité
allemande, qui vont maintenant bras dessus bras dessous avec les
gouvernements, et qui jouissent de l’amour et de la haute estime de la censure
; dans la presse ils ont la prédominance, aussitôt qu’il s’agit de combattre
leurs adversaires qui sont en même temps les adversaires de leurs très-hauts
et très-puissants princes et principicules. Nous avons le cœur cuirassé contre
la mauvaise humeur de ces héroïques laquais à la livrée noire, rouge et or. Je
les entends déjà crier de leur grosse voix : Tu blasphèmes les couleurs de
notre drapeau national, contempteur de la patrie, ami des Français à qui tu
veux livrer le Rhin libre. Calmez-vous ; j’estimerai, j’honorerai votre
drapeau, lorsqu’il le méritera, et qu’il ne sera plus le jouet des fous ou des
fourbes. Plantez vos couleurs au sommet de la pensée allemande, faites-en
l’étendard de la libre humanité, et je verserai pour elles la dernière goutte
de mon sang. Soyez tranquilles, j’aime la patrie, tout autant que vous. C’est
à cause de cet amour que j’ai vécu tant de longues années dans l’exil ; c’est
à cause de cet amour que j’y passerai peut-être le reste de mes jours, sans
pleurnicher, sans faire les grimaces d’un martyr. J’aime les Français, comme
j’aime tous les hommes, quand ils sont bons et raisonnables, et parce que je
ne suis pas assez sot et assez méchant moi-même pour désirer que les Allemands
et les Français, ces deux peuples élus de la civilisation, se cassent la tête
pour le plus grand bien de l’Angleterre et de la Russie, et pour la plus
grande joie de tous les gentillâtres et les mauvais prêtres de ce globe. Soyez
tranquilles, jamais je ne livrerai le Rhin aux Français, par cette simple
raison que le Rhin est à moi. Oui, il est à moi par un imprescriptible droit
de naissance, je suis de ce soi-disant Rhin libre le fils encore plus libre et
indépendant. C’est sur ses bords qu’est mon berceau, et je ne vois pas
pourquoi le Rhin appartiendrait à d’autres qu’aux enfants du pays...
S'identifier pour envoyer des commentaires.